J'écris en marchant, le crayon coincé entre mes bagages, la mélodie d'un désaccordéon rouge pleurant sur des images d'aéroports nauséabonds. Je laisse derrière moi ces sons rassis, mourant un peu plus sur chacun de mes pas, et toi, dans ton train. On ne parle pas d'amour. On ne parle pas.
Encore, je sens encore ses doigts marins coulant sur le clavier comme sur mon corps en nage, et les rythmes ondulants de son souffle sucré contre ma nuque. Un piano noir, encore, sur ma rétine, miroite son visage ébouriffé par la course des passions. Encore. Je ravale mon spleen pour ne pas me voir brailler le manque, je n'ai plus assez de lui pour panser le gouffre béant de mes peurs les plus vertigineuses. Je t'aime, mon amour, je t'aime. Laissons le vide des jours se gausser de nous à mesure que s'étendent nos rêveries. Nous finirons par nous mourir l'un dans l'autre, puisque nos soupirs suspendent les sabliers du monde, puisqu'il faut que le destin étire nos vies, entre ses doigts effilés, pour mieux les nouer ensemble, un jour.